
Le Nouvel Observateur publie, jeudi 1er mars, un texte signé par plus de 150 intellectuels qui appellent à voter pour Ségolène Royal, "contre une droite d’arrogance", pour "une gauche d’espérance".
Le texte de l'appel
Nous refusons cette défaite trop souvent annoncée. Nous n’admettons pas que l’on vote à notre place. Nous n’acceptons pas que des sondages fabriquent une élection. Et nous ne tomberons pas dans le piège tendu par cette droite qui domine ou influence la plupart de nos grands médias. Car tout est fait, dans cette campagne, pour démobiliser la gauche et désespérer ses électeurs. Rien n’est épargné à Ségolène Royal. Ses déclarations comme ses silences, son entourage comme son compagnon, sa simplicité comme sa franchise, sa féminité comme sa fermeté : tout est prétexte en face à caricature et à moquerie. Tout est bon pour alimenter le mépris social et le dédain sexiste.
Qu’elle prenne le temps d’écouter les Français, et on la soupçonne de n’avoir rien à dire. Qu’elle annonce longuement son pacte présidentiel, et la question du chiffrage vient opportunément occulter le détail de ses engagements. Qu’elle-même ou son entourage soient victimes de procédés de basse police, et on préfère retenir l’air de la calomnie plutôt que de s’alarmer pour la démocratie. Qu’elle assume son identité de socialiste, et on lui reproche de se plier à un appareil. Qu’elle revendique sa part de liberté, et on l’accuse de se méfier de sa famille. Qu’elle réussisse un meeting électoral ou une émission télévisée, et on lui oppose immédiatement des enquêtes d’opinion aussi fluctuantes qu’incertaines.
Nous ne nous laisserons pas intimider. Dès le premier tour, nous voterons pour Ségolène Royal et nous appelons à faire de même, à le faire savoir et à faire campagne. Car nous voulons que, cette fois, la gauche gagne. Nous parions sur cette gauche plus exigeante avec elle-même et plus à l’écoute des siens, qui a appris de ses échecs, de ses illusions et de ses divisions, une gauche ambitieuse et audacieuse. Et nous savons que ce n’est pas n’importe quelle droite qui risque de l’emporter.
Jamais candidat de droite n’aura à ce point symbolisé la régression sociale. Nicolas Sarkozy est, tout à la fois, le candidat du pouvoir financier, du pouvoir personnel et du désordre mondial. Soutenu par la nouvelle aristocratie financière, il incarne la soumission de la politique à l’argent. Favorable à un renforcement des pouvoirs présidentiels, il incarne la tentation du césarisme contre l’approfondissement de la démocratie. Engagé aux côtés de l’actuelle administration américaine, il incarne le risque des aventures impériales, du choc des cultures et de l’affrontement des peuples. C’est le candidat de la peur. Des peurs qu’il exploite – celles de l’avenir, du monde, de l’étranger, des jeunes – mais aussi des peurs qu’il inspire en convoquant l’imaginaire de l’homme fort, du chef vindicatif et exalté, épris du pouvoir et de lui-même.
Contre ce danger, Ségolène Royal est la candidate de l’espérance. Elle l’a fait naître en défendant une démocratie participative où les citoyens sont reconnus experts de leurs problèmes. Une espérance à la fois sociale et écologique, éthique et démocratique, française et européenne, ne sacrifiant pas les conditions de vie et de travail à la modernisation économique. L’espérance d’une république nouvelle, rompant avec un présidentialisme étouffant pour un parlementarisme vivant. L’espérance d’une démocratie qui ne se réduirait plus à un pouvoir personnel, avec ses courtisaneries, ses impunités et ses privilèges. L’espérance d’une France enfin réconciliée avec son peuple, ses quartiers, ses travailleurs et sa jeunesse dans sa diversité.
Mais l’indifférence peut tuer l’espérance. Depuis 2002, nous sommes prévenus, et nous n’avons plus d’excuse. Nous savons que cette élection sera ce que nous en ferons. Il n’est plus temps de se faire plaisir, en perdant de vue l’enjeu décisif. Nous affirmons qu’il n’est de soutien entier que critique, de loyauté que lucide, de solidarité qu’indépendante, et nous resterons fidèles à cet engagement. Nous disons aussi que le second tour se joue dès le premier tour.
Cette élection n’est pas ordinaire et elle engage, à travers le sort de la France, un peu de l’avenir du monde. C’est pourquoi, contre une droite d’arrogance, nous appelons à choisir, dès le 22 avril, une gauche d’espérance, en votant Ségolène Royal."
Marc Abélès, anthropologue. Laure Adler, journaliste. Elisabeth Alles, anthropologue. Paul Allies, politiste. Mathieu Arnoux, historien. Pierre Arnoux, mathématicien. Jacques Audiard, réalisateur. Jean-Pierre Azéma, historien. Muriel Badet, historienne de l’art. Sébastien Balibar, physicien. Nicolas Bancel, historien. François Barat, cinéaste. Michel Barak, historien. Dominique Barella, magistrat. Christian Baudelot, sociologue. Anna Bellavitis, historienne. Yehezkel Ben-Ari, biologiste. Samuel Benchetrit, écrivain. Michel Bénichou, avocat. Carmen Bernand, anthropologue. Arno Bertina, écrivaine. Dominique Besnehard, producteur. Philippe Besson, écrivain. Didier Bezace, metteur en scène. Sylvie Blocher, artiste. Bernard Bobe, chimiste. Mikkel Borch-Jacobsen, philosophe. Daniel Bougnoux, philosophe. Seloua Luste Boulbina, philosophe. Jean-Claude Bourbault, comédien. William Bourdon, avocat. Jean-Pierre Brigaudiot, plasticien. Geneviève Brisac, écrivaine-éditrice. Michel Broué, mathématicien. André Burguière, historien. Marilyne Canto, cinéaste. Pierre Cartier, mathématicien. Claude Chambard, écrivain. Marc Chaperon, mathématicien. Noëlle Châtelet, écrivaine. Monique Chemillier-Gendreau, juriste. Patrice Chéreau, metteur en scène. Jean-Claude Chevallier, linguiste. Hélène Cixous, écrivain. Olivier Cohen, éditeur. Annie Cohen, écrivaine. Catherine Corsini, réalisatrice. Sylvian Coudène, pianiste, Dir. Ecole de musique. Marie Coulais , éditrice de musique. Marlène Coullomb, universitaire. Pierre-Louis Curien, mathématicien-informaticien. Paule Darmon, écrivaine. Robert Delpire, éditeur. Erwan Diantelli, anthropologue. François Dubet, sociologue. Jean-Michel Ducomte, avocat. Alain Ehrenberg, sociologue. Bernard Faivre d’Arcier. Betty Felenbok, biologiste. Marc Ferro, historien. Cynthia Fleury, philosophe. Alain Forest, historien. Antoinette Fouque, psychanalyste. Anne-Marie Garat, écrivaine. Françoise Gaspard, sociologue. Jean-Pierre Gattegno, écrivain. Marie-France Giret, pianiste. Maurice Godelier, anthropologue. Anouk Grinberg, comédienne. Martial Guédron, historien de l’art. Jean Guiloineau, écrivain-traducteur. Gérard Haller, écrivain. Karen Hansen, artiste. Alain Hélissen, écrivain-chroniqueur. Françoise Héritier, anthropologue. Denis Herlin, musicologue. Serge Jakobowicz. Jean Jamin, anthropologue. Catherine Jeandel, géochimiste. Louis Joinet, magistrat. Pierre Joliot, biologiste. Geneviève Joutard, historienne. Philippe Joutard, historien. Jean Kehayan, journaliste. Jacques Julliard, historien. Christiane Klapisch-Zuber, historienne. Julia Kristeva, universitaire-psychanalyste. Jean Labib, producteur. Guy Lacour, universitaire.Nicole Lapierre, sociologue. Françoise Lavocat, littérature comparée. Armelle Le Bras-Chopard, politologue. Michèle Leduc, physicienne. Jean-Paul Lévy, avocat. Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien. Daniel Lindenberg, historien. Dyssia Loubatière, assistante à la mise en scène. Michèle Manceaux, écrivain-journaliste. Frédéric Martel, sociologue. François Marthouret, comédien. Mireille Martin, mathématicienne. Dominique Méda, philosophe. Khaled Melhaa, journaliste-producteur. Eric Michaud, historien de l'art. Yves Michaud, philosophe. Jean-Pierre Mignard, avocat. Philippe Minard, historien. Ariane Mnouchkine, metteur en scène. Sarah Moon, photographe. Jean-Paul Moreigne, psychiatre-psychanalyste. Janine Mossuz-Lavau, politologue. El Mouhoub Mouhoud, économiste. Bernard Murat, directeur de théâtre. Roland Nadaus, écrivain. Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue. Pap Ndiaye, historien. Monique Nemer, écrivaine-éditrice. Alain Omont, astrophysicien. Alfredo Pena Vega, sociologue. Michel Piccoli, comédien.. Martyne Perrot, sociologue. Michelle Perrot, historienne. Thomas Piketty, économiste. Etienne Pion, président d’un mouvement laïque .Evelyne Pisier, juriste. Emmanuel Poisson, historien. Christophe Prochasson, historien. Pierre Raterron, artiste-auteur. Elisabeth Roudinesco, historienne-psychanalyste. Roland Rappaport, avocat. Yannick Ripa, historienne. Joël Roman, philosophe-éditeur. Jean-Paul Scarpitta , metteur en scène. Leïla Sebbar , écrivain. Claude Servan-Schreiber, écrivaine. Fabienne Servan-Schreiber, productrice. Emmanuelle Sibeud, historienne. Philippe Sollers, écrivain. Maria Stavrinaki, historienne. Benjamin Stora, historien. Martine Storti, écrivaine. Irène Théry, sociologue. Pierre Tambourin, biologiste. Philippe Torreton, comédien. Pierre Tournier, historien. Jacques Treiner, physicien. Lucette Valensi, historienne. Agnès Verlet, écrivaine. Daniel Vigne, metteur en scène. Jean Viard, sociologue-éditeur. Fabienne Vonier, productrice-distributrice. Emmanuel Wallon, sociologue. Catherine Weinzaepflen, écrivain.
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 22.02.07 | 23h24 • Mis à jour le 23.02.07 | 10h58
M. Jospin, qui s'était opposé à Ségolène Royal à l'époque de la primaire socialiste – tout en nourrissant, un temps, l'ambition d'un retour sur le devant de la scène politique –, ne lui avait depuis apporté qu'un timide soutien. Absent de Villepinte lorsque Mme Royal avait présenté les 100 propositions de son "pacte présidentiel", le 11 février, il avait seulement fait part de son intention d'intervenir "dans la campagne de façon positive, à sa façon", "de temps en temps".
"C'est un très bel exemple de dévouement à une cause", s'est félicité, jeudi, sur i-Télé, François Hollande, lui-même membre de cette nouvelle "équipe". "Lionel Jospin peut apporter son expérience, sa force, le souvenir des campagnes qu'il a menées et notamment montrer ce qu'il ne faut plus refaire : la dispersion et la perte des repères", a encore estimé le premier secrétaire, dans une autre déclaration.
Au sein de cette "équipe du pacte" figurent bon nombre des éléphants du parti, dont on avait annoncé le retour : outre Lionel Jospin et François Hollande, y prendront part Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Pierre Mauroy, Henri Emmanuelli, les maires de Paris et de Lyon, Bertrand Delanoë et Gérard Collomb, l'ancienne ministre des affaires sociales Martine Aubry, l'ancien ministre Bernard Kouchner, mais aussi les présidents des groupes parlementaires Jean-Pierre Bel et Jean-Marc Ayrault, et l'ancienne ministre Yvette Roudy. "Ce 'groupe des 13' est chargé d'animer et de tenir des réunions de campagne à travers le pays", a précisé Mme Royal en ajoutant que ses membres pourront se réunir "à leur convenance".
MANQUE DE "FRAÎCHEUR"
La réorganisation de l'équipe de campagne va au-delà. Deux autres "pôles" sont mis en place : "coordination des forces" (François Hollande, Jean-Michel Baylet, président du PRG et Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC) et "expression publique et communication". Un effort particulier a été porté sur ce dernier point. Jack Lang et Julien Dray deviennent "conseillers spéciaux" de la candidate et trois porte-parole travailleront sous la coordination de Jean-Louis Bianco : Arnaud Montebourg, qui conserve sa fonction, Vincent Peillon et Najat Belkacem, la conseillère régionale PS de Rhône-Alpes. Dans ce troisième pôle, Claude Bartolone, bras droit de Laurent Fabius, sera chargé du "suivi de la presse nationale", Gilles Savary de la presse régionale, Manuel Valls et Elisabeth Guigou de la presse internationale.
Enfin, Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande, est nommé "coordinateur des réponses aux questionnaires", tandis que le député strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen et la jospiniste Annick Lepetit seront, eux, chargés des "argumentaires" de campagne.
Au total, le nouvel organigramme compte une trentaine de personnes mais d'autres nominations seront annoncées "dans les jours qui viennent", notamment pour les "chargés de questions thématiques", a précisé le codirecteur de campagne, Jean-Louis Bianco, qui reste en place, de même que François Rebsamen.
Contrairement à ce que son entourage laissait entendre depuis 48 heures, la candidate n'a pas choisi de créer un "conseil stratégique restreint". "Le conseil stratégique, c'est le bureau national du PS" qui se réunit tous les mardis soir, a précisé Jean-Louis Bianco. Mais le retour en force des barons du parti dans l'entourage de la candidate n'est pas sans inquiéter certains : "Cela ressemble un peu au cimetière des éléphants", commente sous couvert d'anonymat un jeune responsable socialiste dépité par le manque de "fraîcheur" du nouveau pack.
Par Marc SEMO
By John Lichfield in Paris The Socialist presidential candidate, Ségolène Royal, went some way towards dissolving doubts about her campaign with a combative and fluent performance on prime-time television last night.
Challenged with being a "media'' fantasy and incapable of governing France as a woman, Mme Royal said: "I am ready. No man with my qualifications would have been subjected to the doubts and criticisms I have received. My fundamental values as a woman are the values France now needs."
Mme Royal was answering questions from 100 voters on France's most popular channel, TF1. She gave a confident performance, especially on issues such as education, the family, health and welfare.
At one point a man in a wheelchair broke down in tears as he tried to ask a question. Mme Royal walked forward took his hand and stroked his back. The incident was a gift to someone who has occasionally posed as the would-be mother of the nation.
She was, however, less assured when dealing with hostile questions from small-businessmen and women on how she would fund her 100-point "presidential pact'' of new or increased social programmes. After stumbling at first, she said that all the new spending could be afforded without increasing France's massive national debt because there would be corresponding cuts or because her plan would "relaunch the machine of growth" in the French economy.
Her most startling promise came on euthanasia. Mme Royal said that, if elected president in the April-May elections, she would push through a law making euthanasia legal in France in some form.
"It is time to launch a public debate on this question," she said. "I would seek legislation which would allow people to face up with dignity to the most intense suffering."
Mme Royal's appearance, if not quite make or break, was vital to her hopes of reversing the momentum of the opinion polls. In 23 successive surveys since mid-January, Mme Royal has been shown losing the second round of the election on 6 May to the centre-right candidate, Nicolas Sarkozy.
In the two polls yesterday, M. Sarkozy was given a seemingly unassailable 10-point lead - 55 per cent to Mme Royal's 45 per cent.
Mme Royal captured the Socialist "nomination" by adopting centrist and unconventional positions which appealed to the wider electorate. Socialists voted for her because she seemed best placed to beat M. Sarkozy. Since she was anointed as the main centre-left candidate in November, she has tried to please her core electorate - and the far left. Her message has become at once more traditional and more confused.
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